Le grand retour des dirigeables

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zegreenweb
15/06/2010 12:06

Très en vogue dans les années 1920 et 1930, au point que l’Allemagne, l’Angleterre, les Etats-Unis, la France ou encore l’Italie en avaient construits de gigantesques qui devaient incarner le prestige national, les ballons dirigeables ont ensuite été voués aux gémonies. La faute à l’embrasement du Hindenburg (NDLR : Cet accident qui a eu lieu à l’aéroport de Lakehurst (Etats-Unis) en 1937 fit trente-cinq victimes et signifia l’arrêt des vols commerciaux) et, à partir de la Deuxième Guerre Mondiale, aux irrésistibles progrès de l’aviation. En ce début de millénaire, la contribution élevée du transport aérien aux rejets mondiaux de gaz à effet de serre (GES) a toutefois coïncidé avec leur come-back.

Un come-back certes encore timide, le facteur temps étant encore suffisamment essentiel pour qu’ils ne puissent pas prétendre à concurrencer sérieusement du point de vue commercial ceux qui les ont jadis supplantés, mais riche en symboles étant donné leur passé chargé d’histoire.

Une équipe d’une cinquantaine d’étudiants français travaille par exemple depuis septembre 2008 sur un dirigeable fonctionnant uniquement à l’énergie solaire, une première mondiale.

Baptisé Nephelios, long de vingt-deux mètres, il plafonne à 40 km/h (entre 30 et 35 en vitesse de croisière), n’émet par définition aucune émission de CO2 et a été présenté au Salon du Bourget 2009. L’aéronef a par ailleurs effectué un baptême de l’air probant en décembre dernier, et un cap supplémentaire a été franchi le 3 janvier à la suite du succès d’un vol de deux heures et trente minutes.

Sur les traces de Blériot

Sur leur blog, les responsables du projet Sol’R [NDLR : sponsorisé entre autres par l'ADEME (Agence de développement et de maîtrise de l'énergie) et soutenu par Yann Arthus-Bertrand, Alain Bougrain-Dubourg, Jean-Louis Etienne, l'ex-spationaute Claudie Haigneré et Valérie Pécresse] précisent : « Le Nephelios dispose de panneaux solaires flexibles dernière génération disposés sur la partie supérieure de son enveloppe. L’énergie solaire recueillie alimente un moteur électrique disposé à l’arrière de la nacelle de pilotage dotée de deux hélices bipales ». L’aboutissement de ce projet consiste, un siècle après Louis Blériot, en une traversée de la Manche, laquelle visera à la fois à « démontrer l’efficacité (du Nephelios) », à « promouvoir les énergies renouvelables » et à « sensibiliser le public aux enjeux du développement durable ».

Prévue pour ce mois-ci, le périple a été retardé, ses instigateurs ayant indiqué la semaine dernière qu’il leur manquait encore vingt mille euros pour le financer. La générosité des internautes est sollicitée : « Pour un don de cinquante euros ou plus, (ils ont) la possibilité de parrainer l’une des cinq cent quatre cellules photovoltaïques » de l’aéronef et ainsi de permettre la concrétisation d’une entreprise à vocation écologique.

Un mastodonte américain

Toujours dans le registre « le dirigeable est un moyen de transports écolo », le Bullett 580 a quant à lui accompli son vol inaugural la semaine passée. Ses dimensions sont sans commune mesure avec celles de son cousin français puisque cet aéronef-ci – gonflé à l’hélium et non à l’hydrogène comme ses glorieux ancêtres – mesure plus de soixante-dix mètres de long et fait une vingtaine de mètres de diamètre. Conçu par E-Green Technologies, il est capable de transporter une charge utile d’environ une tonne et parcourt le ciel à une vitesse de croisière très honorable de 55 km/h.

Six heures à peine ont été nécessaires au gonflage de ce vaisseau qui semble promis à un destin touristique. Enveloppé dans une couche de kevlar de quinze millimètres d’épaisseur qui serait aussi solide que de l’acier, le Bullett 580 est par ailleurs équipé de moteurs alimentés en biocarburants élaborés à partir d’algues.

Pas aussi « propre » que le Nephelios, ce dirigeable dont le coût de fabrication a été estimé à six millions quatre cent mille euros présente néanmoins des garanties intéressantes en matière de préservation de l’environnement.

La remise en cause de l’hégémonie de l’aviation n’est bien sûr pas à l’ordre du jour – d’autant qu’un nombre croissant de compagnies ont désormais recours à du kérosène alternatif, estompant ainsi en partie les griefs des défenseurs de l’environnement – mais les dirigeables pourraient constituer un mode de transport alternatif pertinent à moyen terme. Bien malin celui qui aurait pu prédire pareil retour vers le futur il y a encore quelques années.

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Crédit photo : Projetsolr.com