La vidéoconférence pour lutter contre le changement climatique ?

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Zegreenweb
25/01/2012 10:38

La vidéoconférence a le vent en poupe. Converser à distance permet notamment aux entreprises d’éviter de nombreux déplacements de travail et donc de réduire les émissions de GES.

L’une des principales causes d’émissions de gaz à effet de serre (GES) est l’importance des transports dans notre vie quotidienne. Un nombre croissant d’entreprises ont pris conscience de cette réalité. Désireuses de réduire à la fois leurs frais de déplacement et leur empreinte carbone, elles généralisent l’usage de la vidéoconférence pour leurs réunions.

Quand les avions restent cloués au sol, il devient bien compliqué de se rendre à une réunion de l’autre côté de l’Atlantique. La paralysie du trafic aérien à la suite de l’éruption du volcan islandais Eyjfalla a fait revenir cette réalité sur le devant de la scène et permis à la vidéoconférence de connaître un brusque regain d’intérêt ces dernières semaines. Les compagnies aériennes en ont bien sûr beaucoup souffert mais cette longue interruption a, du strict point de vue environnemental, permis d’économiser des millions de tonnes d’émissions de GES

Un rapport publié par le média et institut américain GigaOM estime à 29,6 milliards le nombre d’appels vidéo qui seront passés durant la seule année 2015, confirmant la formidable explosion de la vidéoconférence depuis maintenant cinq ans.

Les prestataires de services spécialisés dans le secteur, comme Cisco, Hewlett Packard (pour les entreprises) et Skype (pour les particuliers), peuvent se frotter les mains, d’autant plus qu’une étude du World Wildlife Fund (WWF) a conclu que les réunions virtuelles et les vidéoconférences pourraient économiser jusqu’à un milliard de tonnes d’émissions de GES par an à l’horizon 2030.

Un impact limité

Une solution miracle pour épargner l’environnement, quitte à assassiner les compagnies aériennes ? Cette brutale transition n’est toutefois pas pour tout de suite. Une étude australienne publiée l’an passé montre en effet que l’usage de la vidéoconférence peut permettre d’économiser jusqu’à 2,4 millions de tonnes d’émissions de GES, ce qui équivaut à 0,43% des émissions totales de l’Australie. Ce n’est certes pas rien, mais pareil pourcentage ne présage en aucun cas une révolution.

De même, un rapport du Boston Consulting Group et de The Climate Group a révélé qu’avec des places de travail optimisées en termes de technologies de l’information (ce qui inclut les « buildings intelligents », la vidéoconférence en lieu et place des déplacements d’ordre professionnel et l’autorisation du télétravail), 170 milliards de dollars (152 milliards d’euros) pourraient être économisés chaque année. La vidéoconférence n’y participerait toutefois qu’à hauteur de 0.15%.

Au total la vidéoconférence n’est pas encore en voie de généralisation forcée. Il y a d’un côté la barrière de l’équipement technique, qui disparaît progressivement mais qui reste encore bien présente dans de nombreux pays, comme dans l’est de l’Europe et l’Asie. De l’autre persiste un manque d’information dans beaucoup d’entreprises ainsi qu’un manque de stratégie. Voire, pour certaines, du désintérêt.

Les déplacements ne sont pas prêts de s’arrêter

Une sensibilisation des entreprises chinoises et indiennes aux bienfaits de la vidéoconférence pourrait toutefois donner un autre coup de fouet au secteur et à plus long terme que la rébellion du volcan islandais. Même si la proportion pourrait croitre, si tant est que les économies poursuivent leur expansion continue, les entrepreneurs des deux géants asiatiques sont en effet encore relativement peu nombreux à prendre l’avion (NDLR : soixante déplacements pour mille habitants en Chine par an, vingt en Inde, contre deux mille trois cents aux Etats-Unis).

L’étude du WWF a cependant conclu que l’usage intensif de la vidéoconférence pouvait avoir des effets vicieux en termes d’impact environnemental. En effet, en lieu et place des déplacements en classe business, les budgets jusque là affectés au transport aérien sont le plus souvent réinvestis dans le cadre de réunions stratégiques qui le plus souvent se déroulent à l’extérieur de l’entreprise. Il en résulte nécessairement des déplacements, mais auxquels cas les taxis et les voitures supplantent les avions. « C’est peut-être bon pour le business, mais pas plus que cela pour les icebergs », a résumé Celeste Leconte dans « Business Week ».

Avec l’avènement des téléphones portables à tout faire (le prochain sur la liste étant l’iPhone 4, annoncé avant-hier soir par Steve Jobs) c’est un autre marché qui s’ouvre à la vidéoconférence : la discussion par mobiles interconnectés. Seules 1% des entreprises américaines l’utilisent aujourd’hui mais elles seront 29% en 2015. Les réunions à distance ont donc de beaux jours devant elles et leur développement, même s’il est d’abord un bon coup économique avant de servir la cause environnementale, permet quand même d’économiser quelques millions de tonnes d’émissions de GES. Ce qui n’est déjà pas si mal.

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Crédit photo : Flickr - splitbrain